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Lorsque j’ai commencé à évaluer les compétences de mes élèves, je me suis très vite heurté à un certain nombre de problèmes. La mise en place des ceintures de compétences m’a permis d’apporter des solutions satisfaisantes. Grâce à ce système, j’ai pu :

  • trouver une alternative à la note chiffrée
  • mettre fin à la compétition entre élèves dans mes classes
  • rendre le parcours d’apprentissage lisible pour les parents
  • développer une vraie pédagogie différenciée
  • respecter le rythme d’apprentissage de chaque élève.

1. Pourquoi utiliser des ceintures de compétences ?

Une compétence ne peut être considérée comme acquise qu’en situation de tâche complexe mobilisant un ensemble de compétences.

Dans un premier temps, j’évaluais les compétences à mobiliser pour réussir les évaluations. Je mettais ensuite en place des ateliers de remédiation, en m’appuyant sur des fichiers auto-correctifs, puis les élèves réalisaient un devoir de la seconde chance. Ils étaient évalués uniquement sur les compétences qui avaient été défaillantes lors du premier essai. Je me suis aperçu que cela n’avait pas de sens car les élèves se concentraient uniquement sur ces items mais étaient souvent incapables de les remobiliser au trimestre suivant en situation de tâche complexe.

Une classe est un groupe hétérogène et la motivation des uns ne doit pas se faire au détriment des autres.

De même, j’ai réalisé, même du temps où je notais de manière chiffrée, qu’un certain nombre d’élèves n’atteignaient pas les objectifs de la séquence. Ils cheminaient tout au long de l’année, progressant peu, éprouvant des difficultés mais passant régulièrement à autre chose avec l’arrivée d’une nouvelle séquence, sans jamais avoir le temps de consolider leurs apprentissages. A l’inverse, d’autres élèves s’ennuyaient profondément car le cours n’avançait pas assez vite. On se contentait de répéter ce qu’ils avaient déjà appris et acquis l’année précédente. Il fallait pourtant les nourrir eux aussi !

Il faut procéder par étapes et permettre aux élèves d’identifier clairement les compétences travaillées. Le travail des compétences doit être effectué dans une progression cohérente.

J’avais du mal à planifier et organiser le travail des compétences. Cela partait dans tous les sens et les élèves étaient dubitatifs face à cette grille immense d’intitulés obscurs. Ils ne comprenaient pas ce qu’ils devaient travailler pour réussir leurs évaluations.

Le savoir est intrinsèque à la compétence et ne peut pas être négligé. Celui qui ne sait pas ne peut pas être autonome.

Enfin, beaucoup d’élèves ont cessé d’apprendre leur cours, négligeant l’acquisition des savoirs, car ils pensaient qu’il suffisait de savoir faire.

2. L’origine des ceintures de compétences

Ce système d’évaluation a été créé par Fernand Oury, un des fondateurs de la pédagogie institutionnelle. Passionné de judo, il s’est inspiré de son sport préféré pour construire un outil de travail efficace et stimulant.

Comme au judo, les élèves préparent puis passent des ceintures jaune, orange, verte, bleue, marron et noire.

Chaque ceinture contient une série de compétences qui seront évaluées. L’élève se prépare en se concentrant sur les attentes de sa propre ceinture. Il s’agit donc d’un outil efficace de différenciation pédagogique, proche de l’individualisation.

Les compétences sont réparties dans les ceintures selon une difficulté croissante.

3. Le passeport de compétences

En collaboration avec une collègue, nous avons choisi différents domaines travaillés dans nos cours de Français : lecteur, bibliothécaire, conteur, écrivain, éditeur, orateur/conférencier et grammairien. Nous avons ensuite listé les compétences du socle que nous avons reformulées et parfois détaillées. Nous avons ensuite réparti ces compétences domaine par domaine au sein des différentes ceintures.

Nous avons obtenu un passeport de compétences. Cet outil était notre support de travail et d’évaluation.

Le passeport de compétences : l’outil indispensable pour accompagner la progression de l’élève et la rendre lisible pour les parents.

On y trouvait en première page un tableau qui permettait aux parents de savoir quels étaient les objectifs fixés à la classe pour le trimestre en cours. Pour chaque domaine, l’élève notait la couleur de la ceinture à atteindre.

En bas de chacune des pages suivantes, se trouvait un autocollant indiquant la couleur de la dernière ceinture obtenue par l’élève. Ainsi, les parents pouvaient savoir si leur enfant était en avance, dans la moyenne ou en retard en ce qui concerne les apprentissages du cours de Français.

Chaque page correspondait à un domaine et présentait les différentes ceintures et compétences à travailler. La colonne « fiche mémo » permettait de noter le numéro de la fiche élaborée en classe et qu’il fallait réviser avant l’évaluation.

Enfin, sur la dernière page, l’élève trouvait un plan de travail pour l’aider à préparer de manière autonome ses ceintures de grammairien. Toutes les cases d’une colonne devaient être cochées pour pouvoir se soumettre à l’évaluation.

4. Transformer les ceintures de compétences en notes chiffrées

En ce qui concerne la notation, nous avons opté pour une échelle de quatre couleurs :

  • Bleu : objectif parfaitement atteint, l’élève ne commet pas d’erreurs.
  • Vert : objectif atteint, l’élève commet peu d’erreurs.
  • Orange : objectif non atteint, la compétence doit être encore consolidée.
  • Rouge : objectif non atteint, la compétence n’est pas du tout maîtrisée.

Lors de l’évaluation, une grille de compétences était fournie aux élèves. Chaque compétence de la ceinture était ainsi détaillée et évaluée.

Pour valider une ceinture et pouvoir préparer la suivante, nous avons décidé qu’il fallait que l’élève obtienne uniquement des points verts ou bleus.

Cette exigence avait pour objectif d’obliger les élèves à se montrer rigoureux et à consolider leurs compétences avant d’en construire de nouvelles.

En fin de trimestre, afin de remplir le bulletin chiffré, nous transformions notre bilan de compétences en note. Nous avions choisi d’attribuer 4 points aux domaines lecteur, écrivain et grammairien. Les domaines bibliothécaire, conteur, éditeur et orateur étaient quant à eux évalués sur 2 points chacun. On obtenait ainsi une note sur 20.

Pour les domaines à 4 points : 4 points si la ceinture attendue était obtenue ou dépassée, 2 points si l’élève avait une ceinture de retard, 0 point si l’élève avait plus d’une ceinture de retard.

Pour les domaines à 2 points : 2 points si la ceinture attendue était obtenue ou dépassée, 1 point si l’élève avait une ceinture de retard, 0 point si l’élève avait plus d’une ceinture de retard.

Ce système permettait donc aux élèves d’obtenir un 20/20 de moyenne s’ils avaient atteint les objectifs fixés dans chacun des domaines. C’était très stimulant pour beaucoup d’entre eux.

Pour chaque évaluation, nous proposions trois versions : la ceinture attendue, celle qui précède et celle qui suit. Ainsi chaque élève pouvait poursuivre sa progression à son rythme et travailler sur un sujet qui lui était accessible. Même un élève en retard, pouvait donc éprouver la fierté d’être en réussite.

Mathieu

Après avoir été professeur de lettres classiques pendant 11 ans, je suis devenu concepteur de ressources pédagogiques et de formations en ligne. J’ai créé ce blog pour aider les professeurs de lettres qui n’ont pas reçu de formation didactique, les enseignants qui se sentent en difficulté dans l’exercice de leur métier et ceux qui souhaitent faire évoluer leurs pratiques pédagogiques.